En février 2025, Alexander C. Karp, cofondateur et PDG de Palantir,
publiait avec Nicholas W. Zamiska « The Technological Republic ».
Manifeste pour une alliance renouvelée entre l’État, l’industrie et
les ingénieurs, salué aux États-Unis, le livre est resté, en Europe,
tenu à distance.
C’est cette distance que cet essai interroge.
À la manière de Tocqueville rentrant d’Amérique pour penser la France,
il propose de traverser le miroir karpien — non pour imiter Palo Alto,
mais pour en revenir avec une doctrine européenne. De l’ouvrage de
Karp, quatre piliers sont reçus comme inspiration : la vertu technique
comme vertu civique, l’alliance État-industrie, l’ingénieur-citoyen,
le paradigme Manhattan. Quatre limites sont posées : une République
européenne ne peut être qu’autonome, non hégémonique ; fédérative,
non uniforme ; attentive à la couche ontologique que Karp ignore ;
doctée d’une véritable doctrine de repli.
À partir de là, l’essai propose une lecture par paliers de la
souveraineté numérique — du cloud de confiance au cloud de puissance —
et articule cinq principes pour une République technologique
européenne. Il mobilise les rapports Draghi, Letta et Niinistö,
les précédents DGSI-Palantir, MSS NATO, Schleswig-Holstein et
Anthropic, les travaux de Stiegler, Arendt, Bradford et Zuboff.
Le but n’est pas de conclure. Il est d’ouvrir un débat européen
que ses institutions ont trop longtemps confié à ses régulateurs.
Colonie numérique, ou puissance souveraine ? La question reste
ouverte. Plus pour longtemps.
L’essai complet est joint ci-dessous.