L’Iliade gagne la bataille. L’Odyssée gagne le monde.

Et si la transformation numérique avait besoin d’idéationautes… plus que de héros ?

Il y a deux façons de raconter une guerre.

📌 L’Iliade, mentionne le choc frontal : la force, l’honneur, les lignes nettes, les grands gestes. 📌 L’Odyssée, raconte l’après : la ruse, la navigation, l’endurance, les détours… et surtout le retour au réel.

Et si, dans nos organisations, on confondait trop souvent la transformation numérique avec une Iliade ? Alors qu’elle ressemble presque toujours… à une Odyssée.


1️⃣ L’Iliade : quand l’entreprise rêve d’Achille

Dans l’Iliade, Achille avance droit. Il est rapide, puissant, décisif.

C’est la tentation de beaucoup d’organisations :

  • un grand plan
  • une grande annonce
  • un grand programme
  • un grand budget
  • un grand “Go Live” (qui doit être parfait)

On appelle ça “stratégique”. Souvent, c’est surtout… héroïque.

Le problème : une transformation numérique n’est pas une bataille à gagner. C’est un système vivant à réorienter, sous contrainte, avec de l’inertie, de la dette et du brouillard.

Et là, Achille a un handicap : il est excellent pour vaincre… mais pas pour naviguer.


2️⃣ L’Odyssée : la vérité du terrain (et la mécanique du réel)

L’Odyssée raconte autre chose : un leader qui comprend un principe simple, mais brutal :

👉 Le chemin compte autant que la destination.

Ulysse n’est pas “le plus fort”. Il est le plus adaptatif, le plus stratège, le plus résilient.

Il avance par :

  • signaux faibles
  • essais, erreurs
  • alliances
  • arbitrages
  • contournements intelligents
  • bricolage parfois
  • courage souvent

En clair : il avance par itérations, avec le réel comme juge de paix.

Et c’est précisément ce qui rend l’Odyssée “niveau COMEX” : elle ne raconte pas un projet… elle raconte un mode de pilotage.


2️⃣🔁 Peut-on être Iliade ET Odyssée : frapper fort ET apprendre vite ?

Oui. Et c’est même la seule posture viable.

Parce qu’une organisation qui ne fait que l’Iliade devient brutale, rigide… et finit par casser. Et une organisation qui ne fait que l’Odyssée devient agile, curieuse… et finit par dériver.

La clé n’est donc pas de choisir un camp. La clé, c’est d’orchestrer : deux moteurs, une seule boussole.

  • Iliade : exécuter, industrialiser, sécuriser, tenir la promesse
  • Odyssée : explorer, tester, apprendre, réduire l’incertitude

Et surtout : ce n’est pas “tout, partout, tout le temps”. C’est séparer ce qui doit être stable de ce qui doit rester exploratoire.

Trois règles simples suffisent :

  • un cap unique (non négociable), sinon l’Odyssée devient errance
  • un portefeuille explicite (Run / Change), sinon l’Iliade devient agitation
  • deux cadences de décision, sinon on tue l’apprentissage… ou on désorganise l’exécution

L’Iliade sans Odyssée, c’est la casse. L’Odyssée sans Iliade, c’est la dérive. Les deux, c’est une stratégie.


3️⃣ L’idéationaute : celui qui explore l’espace des possibles… et revient avec du testable

Dans un monde instable, la compétence rare n’est pas “avoir une idée”.

C’est :

savoir naviguer dans les idées

cartographier le possible

revenir avec des options actionnables

C’est cela, un idéationaute.

Un idéationaute transforme une question floue en mécanique opérationnelle :

  • flou → hypothèses
  • hypothèses → options
  • options → tests
  • tests → décisions

Il ne “rêve” pas d’innovation. Il l’opère.

Et voici le point disruptif : dans beaucoup d’organisations, on mesure encore la transformation par des livrables. Alors que le vrai KPI stratégique, c’est :

👉 la vitesse de réduction d’incertitude (et la capacité à décider sans se raconter d’histoires)


3️⃣🔁 Ce que le COMEX oublie souvent : l’exploration est un investissement, pas un débat

Une Odyssée ne se pilote pas avec des opinions. Elle se pilote avec une règle simple :

  • explorer pour ouvrir des options
  • converger pour engager des ressources
  • couper sans états d’âme ce qui n’apprend plus

Autrement dit : la transformation n’est pas un “programme”. C’est un portefeuille d’expériences, avec une discipline d’allocation.

Et cela change tout, parce que cela introduit une logique rare : ✅ la possibilité de dire stop avant d’avoir dépensé tout le budget, tout le crédit politique… et tout le moral de l’équipage.


4️⃣ Les “argonautes” du numérique : pas un casting de héros… un équipage qui tient la mer

Dans une Odyssée, le héros solitaire est un mythe pratique… mais un mythe quand même. Ulysse ne rentre pas chez lui parce qu’il a une bonne slide “Vision 2030”. Il rentre (quand il rentre 😅) parce qu’il a un équipage.

(Mythologie mise à part : Ulysse a des compagnons, Jason a des Argonautes. Mais la transformation exige les deux dimensions : des compagnons qui tiennent la durée, et des argonautes qui osent l’expédition.)

Et c’est là que beaucoup d’organisations se trompent : on parle “d’équipe transformation”, mais on pense parfois “casting de profils cools”.

On fantasme une bande de profils survitaminés :

  • makers qui bricolent des prototypes à la vitesse de la lumière,
  • hackers qui voient les failles avant que le système existe,
  • MHackers qui relient la vision au cambouis,
  • champions qui embarquent tout le monde sans demander la permission,
  • et quelques “opérateurs” qui font avancer sans faire de bruit.

Ils sont précieux. Ils sont même indispensables.

Mais si votre navire ne contient que cela, vous n’avez pas une expédition… vous avez une startup pirate : beaucoup d’énergie, beaucoup d’idées, et parfois un léger problème de… cap, discipline, et gouvernail.

Parce qu’un vrai équipage, ce n’est pas une tribu de héros atypiques. C’est une diversité organisée.

Dans une transformation, il faut aussi :

  • des experts métier (ceux qui connaissent les récifs, les contraintes, les vraies règles du jeu),
  • des architectes (qui évitent de transformer le navire en patchwork flottant),
  • des spécialistes cyber / data / infra (ceux qui s’assurent qu’on ne navigue pas avec une coque percée),
  • des juristes, acheteurs, financiers (les gardiens du temple — ceux qui transforment une bonne idée en décision solide : sans eux, pas de voile… et parfois pas le droit de sortir du port),
  • des RH / change / formation (parce que “embarquer” n’est pas une métaphore, c’est un travail),
  • et des opérationnels qui continuent à faire tourner le navire pendant qu’on discute de l’avenir.

Ce sont des profils parfois moins “instagrammables” que le hacker au hoodie. Mais ce sont eux qui font que l’expédition ne se termine pas au premier coup de vent.

👉 La puissance d’une équipe ne vient pas de l’uniformité. Elle vient de la complémentarité.

Les profils atypiques — makers, hackers, MHackers — ne sont pas “le centre” du navire. Ils sont les multiplicateurs d’effets de l’équipage :

  • ils accélèrent quand le collectif hésite,
  • ils ouvrent des options quand tout semble verrouillé,
  • ils transforment une intention en preuve,
  • ils réduisent la distance entre décision et exécution.

Mais ils ne remplacent pas :

  • l’expertise,
  • la stabilité,
  • la rigueur,
  • la continuité.

Les MHackers aident à manœuvrer plus vite.

Les experts empêchent de confondre vitesse et précipitation.

Le collectif rend la transformation durable.


📌COMEX : le leadership en Odyssée, ce n’est pas “inspirer”, c’est “tenir la mer”

Un comité de direction n’est pas là pour produire de la certitude. Il est là pour produire du cap, des arbitrages, et de la protection pour l’équipage. Gouverner une Odyssée, c’est :


5️⃣ Le vrai monstre : ce ne sont pas les Cyclopes… ce sont les Sirènes

Dans l’Odyssée, les menaces ne sont pas toujours violentes. Elles sont séduisantes.

Les sirènes modernes, je les vois tous les jours :

🎶 “Cette fois, on va tout standardiser.” 🎶 “Cette fois, on va tout industrialiser.” 🎶 “Cette fois, on va tout rationaliser.” 🎶 “Cette fois, la plateforme va tout résoudre.”

Et aujourd’hui, la plus envoûtante de toutes :

🎶 “Cette IA va remplacer l’effort.”


🛡️ (spécial IA) : “L’IA fera le travail à votre place.”

Non. L’IA n’est ni un capitaine, ni un jugement, ni une responsabilité.

C’est un amplificateur : elle accélère l’exploration, la formulation et la mise en forme… mais elle ne remplace pas le discernement.

Dans une transformation, l’enjeu n’est pas d’obtenir une réponse rapide.

L’enjeu, c’est de réduire l’incertitude sans perdre le cap, en gardant le réel comme juge de paix.

L’IA peut aider à naviguer dans les hypothèses.

Mais le pilotage — et le coût d’une erreur — restent humains.


Et c’est précisément pour cela que cette sirène-là est dangereuse : elle ne ment pas totalement… elle simplifie. Elle promet une navigation sans fatigue, alors que c’est l’effort (et l’apprentissage) qui fait arriver.

L’IA peut être un sextant. Elle ne sera jamais le gouvernail.


6️⃣ Une transformation réussie ressemble rarement à Troie

On fantasme souvent le “moment Troie” : le coup génial, le cheval, le renversement immédiat.

En réalité, les transformations qui durent ressemblent à une Odyssée :

  • des étapes
  • des îles
  • des retours en arrière
  • des petites victoires
  • des arbitrages exigeants
  • et une obsession : ne pas perdre le cap

Le cap, c’est le sens. Le sens, c’est le terrain. Le terrain, c’est le réel.


7️⃣ La méthode simple : explorer large, mais revenir utile

Un idéationaute n’est pas un touriste du possible.

Son rôle n’est pas “d’avoir 100 idées”. C’est d’en ramener 3 qui tiennent.

🧭 Règle d’or : diverger comme un explorateur — converger comme un opérateur.

Concrètement :

  • 1 problème bien cadré
  • 5 pistes possibles
  • 2 tests rapides
  • 1 décision opérée
  • et un cycle suivant immédiatement

Et surtout : un rythme. Parce qu’une Odyssée sans cadence, cela s’appelle… une errance.


🛡️Ce n’est pas parce qu’une idée est brillante qu’elle mérite un programme. Une idée mérite d’abord un test. Et un test mérite une mesure. Et une mesure mérite un arbitrage. Tout le reste est de la littérature.


📎 COMEX — 5 questions (format punchlines)

  1. Quel cap est non négociable, même quand la mer se lève ?
  2. Quelle incertitude devons-nous réduire avant de prétendre décider ?
  3. Qui tient le gouvernail, et à quel rythme tranche-t-on ?
  4. Quel risque acceptons-nous… et lequel refusons-nous d’acheter ?
  5. Qu’arrêtons-nous dès que cela n’apprend plus ?

Conclusion : les organisations n’ont pas besoin de héros… mais de navigateurs

L’Iliade produit des statues. L’Odyssée produit des trajectoires.

Et dans un monde numérique, instable, saturé de complexité…

Le talent stratégique n’est pas de frapper fort : c’est de tenir le cap, apprendre vite, ajuster sans se renier.

On ne manque pas d’Achille. On manque d’idéationautes.

Et surtout… d’équipages capables d’opérer le voyage.

PS : Jason, si vous lisez ceci : oui, on vous a pris les Argonautes. Mais rassurez-vous — on a ajouté une gouvernance, un rythme de décision… et un vrai gouvernail.

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